La Reine des Neiges 2 dégèle les cœurs de glace

  • Réalisé par : Jennifer Lee et Chris Buck

  • Bande Originale : Kristen Anderson-Lopez et Robert Lopez

  • Durée : 1h43 min

  • Sortie en France le : 20 novembre 2019

Six ans après les avoir laissés, Elsa, Anna, Kristoff, Olaf et Sven sont de retour. Il aura fallu attendre de nombreuses années pour profiter de cette suite pas si évidente à réaliser : comment, en effet, au roi – à la reine, du cinéma de l’animation ?
Avec cette nouvelle approche épique, naturaliste et plus ingénieuse que le premier volet, La Reine de Glace ne saurait laisser aucun cœur de glace.

Qu’il était dur pour le duo de réalisateurs, Jennifer Lee et Chris Buck de résister à la pression des investisseurs et de Bob Iger qui insistaient de concert pour avoir une suite au film culte de 2013. Mais ni eux, ni même John Lasseter, alors encore directeur artistique des Walt Disney Animation Studios, n’étaient convaincus. Malgré ce que beaucoup croient, les suites ne sont pas une évidence pour le studio historique de Disney (“You can’t top pigs with pigs” selon l’adage de Walt Disney). Si Ralph 2.0 est sorti en début d’année, il faut ensuite remonter jusqu’en 2011 avec Winnie l’Ourson, puis 29 ans en arrière, en 1990, avec Bernard et Bianca au Pays des Kangourous. Mettons de côté les suites direct-to-videos, réalisées par DisneyToons Studios, les véritables sequels se comptent sur les doigts d’une main de Mickey : 4 (en incluant La Reine des Neiges 2). Un peu à reculons, l’équipe du film original accepte ce nouveau défi, à une condition cependant : pouvoir prendre le temps nécessaire. Dès lors, une question se pose : où trouver l’inspiration pour égaler le film original ?

Un conte contemporain qui parle du changement

De nombreux bouleversements se sont opérés depuis 2013, aussi bien socialement que dans l’industrie du cinéma. Parmi les plus notables, l’affaire Weinstein qui a éclaboussé Hollywood. Des répercussions se sont ressenties jusque dans les Studios Disney avec les accusations de conduites douteuses de John Lasseter. Les travaux sur La Reine des Neiges 2 étaient alors déjà bien entamés, mais le scénario semble puiser son énergie à travers les changements qui se sont opérés alors. Le film est finalement une conclusion à la dernière décennies que nous venons de traverser : il parle de la haine que l’on peut ressentir face à l’inconnu, il dénonce le despotisme et la manipulation des peuples, il prône l’égalité des sexes et parle du courage nécessaire pour provoquer les changements. Ce n’est pas un film politique bien évidemment, mais il est le fruit de notre époque. La Reine des Neiges 2 accompagne les jeunes générations et les aide à comprendre leur rôle. Ce que les anciennes générations ont fait n’est pas toujours bon et c’est à eux de réparer les erreurs du passé. Sans être donneurs de leçon, Jennifer Lee et Chris Buck tentent d’élever le spectateur et l’invitent à prendre du recul.
Si La Reine des Neiges 2 est construit comme le second acte d’un même volet (le 1 et le 2 sont pour ainsi dire les deux faces d’une même pièce), cela passe néanmoins par une construction différente. Le rythme des chansons est déjà mieux réparti et permet de conserver une homogénéité plus robuste. Elles ne se concentrent pas majoritairement dans la première partie et permettent à l’histoire d’évoluer. Elles ne sont plus non plus de simples intermèdes mais contribuent à  l’avancé de l’histoire en précisant les enjeux et en exacerbant les sentiments des personnages (nous reviendrons dessus).
On peut découper le film en trois actes : l’introduction, qui présente à la fois les nouveaux défis et la vie à Arendelle ; la quête, qui emmène Elsa (Charlotte Hervieux, qui remplace Anaïs Delva), Anna (Emmylou Homs) et leurs compagnons, à travers la Forêt Enchantée ; et enfin une conclusion épique à souhait, qui est la cerise sur le gâteau et qui iconise littéralement les personnages. Si le début reste volontairement plus lent, le récit s’accélère sur sa seconde partie pour offrir une fin lyrique d’une puissance surprenante. 

Le scénario complète le premier volet d’une façon naturelle et organique, dans une belle continuité. Si le bon technique n’était aussi visible, on pourrait jurer que les deux films ont été réalisé presque simultanément. Les thèmes abordés sont complémentaires : l’acceptation de soi et la sororité dans l’un, l’identité et l’héritage dans l’autre. On redécouvre de nouvelles facettes des personnages que l’on pensait déjà connaître, alors que les événements, qui mêlent le passé et le présent, les poussent dans leurs retranchements.

Seules face à la nature

L’ambiance est particulièrement singulière, qui plus est pour un Disney : difficile de parler de noirceur, mais on y retrouve un ton mélancolique appuyé par des couleurs d’automne. Plus émouvante que le Royaume d’Arendelle, la Forêt Enchantée puise son inspiration de nombreuses légendes et cultures nordiques. Les Northuldras représentent le peuple Same, connu pour élever des rennes et vivre en communion avec la nature, et qui, comme dans le film, a été en conflit avec le peuple du sud du pays. La chanson Vuelie, ritournelle que l’on entendait déjà dans le premier volet, est quant à elle inspirée du chant des Sames du Sud (Eatnemen Vuelie, composée en 2002 par un Norvégien d’origine Same du Sud). On y retrouve une véritable authenticité et un profond respect pour les peuples.
Pour répondre à l’origine des pouvoirs d’Elsa, les artistes Disney ont réuni une centaine de contes et de légendes. Marc Smith, scénariste, explique être tombé sur l’histoire d’un cheval aquatique, un Nixe (un être qui peut également prendre différentes formes), qui noie les gens qui tentaient de traverser une rivière. Il deviendra Nokk, l’un des quatre esprits recherchés par Elsa dans le film (nous ne vous dévoilerons rien de plus sur le scénario). La Reine d’Arendelle, justement, représente l’Islande avec la nature puissante, mythique et un brin sauvage (des volcans, des geysers, des glaciers…) ; sa sœur est la Norvège, une terre de contes. On y retrouve même certains décors, dont une plage de sable noir avec des colonnes en basaltes, Reynisfjara, capable de rivaliser avec la beauté des pouvoirs d’Elsa. Dans cette séquence de nuit, dans cet environnement particulièrement sombre, la jeune reine brille comme jamais tandis que sa transformation débute… Imprégnés par les pays visités, l’équipe en charge du scénario a fait un travail d’orfèvre pour conn