Critique de Ralph 2.0, le film le plus branché de Disney !

  • Réalisé par : Phil Johnston et Rich Moore

  • Bande Originale : Henry Jackman

  • Durée : 1h52 min

  • Sortie en France le : 13 février 2019

Nous retrouvons Ralph et Vanellope Von Schweetz 6 ans après avoir leur victoire sur Turbo et leur sauvetage de Sugar Rush. Leur amitié s’est renforcée et les deux compères passent leur temps libre ensemble, tandis que Calhoun et Felix filent le parfait amour. Bref, de premier abord, tout va pour le mieux pour les habitants de l’arcade de Litwak. Mais alors que Ralph savoure ses journées organisées autour des mêmes plaisirs, une petite voix résonne dans la tête de Vanelloppe qui se met à rêver de nouveautés. Ni une ni deux, Ralph La Casse décide de prendre les choses en main pour l’aider… à sa manière.

En route vers internet !

Ralph 2.0 commence sur les bases que l’on connaissait déjà en reprenant les apparitions de personnages issus de l’univers des jeux-vidéos pour établir la continuité avec le premier opus. Les horizons s’élargissent très vite dans le film une fois arrivé dans l’univers d’Internet, présenté comme une ville folle où se côtoient ses marques vedettes : Google, Amazon, Twitter, Facebook, Ebay, IMDB… les caméos qui sont extrêmement nombreux et toujours judicieusement placés. Si certains spectateurs peuvent y voir un acte purement marketing, elles sont en réalités nécessaires pour référencer et citer le film,  clairement contemporain (alors que le premier volet citait des références plus proches des années 80).

Vous vous souvenez de votre première connexion à Internet ? Cette exaltation, cette sensation de découvrir un nouveau monde très vaste ; une infinie de possibilité où se côtoient la finance, le commerce, le jeu… jusqu’à en avoir le tournis. Ralph 2.0 personnifie le net avec brillance, pour en faire un univers cohérent et régit par ses propres règles.
Sa construction et ses nombreux districts rappellent parfois Zootopie. On sent à quel point les Walt Disney Studios ont appris à bâtir des villes aussi foisonnantes que cohérentes. Difficile de ne pas rester admiratifs devant la représentation vivante de toute la complexité du web. Un travail d’orfèvre a été fait pour rendre accessible de nombreuses notions réservées parfois à des esthètes : les spams, les popups, le deep web, les virus… Si l’ensemble pourrait facilement sembler indigeste, le travail de vulgarisation est si imaginatif et fun qu’on se fait un plaisir de découvrir avec bonheur cet univers loufoque et parfois même effrayant.

Ralph et Vanellope : un duo attachant accompagnés par des personnages hauts en couleurs

En télescopant Ralph et Vanellope sur le net, on se doutait bien que les catastrophes ne tarderaient pas à pointer leur nez. Dans un univers qu’ils ne comprennent pas, ils se trouvent à enchaîner boulettes sur boulettes pour se retrouver dans une situation d’apparence insolvable. Chacun gagne en épaisseur et en consistance tandis que le duo improbable devient encore plus attachant. Internet a le pouvoir d’exacerber les caractéristiques des personnages pour les pousser dans leurs retranchements : le manque d’assurance de Ralph liée à sa difficulté à s’accepter, le trop plein d’énergie et la candeur de Vanellope… Tous les deux sont malmenés dans les méandres d’internet, malgré l’aide des érudits qu’ils rencontreront sur leur chemin. Pour Ralph, cette quête est en réalité celle qui lui permettra de s’accepter réellement tel qu’il est -et de s’aimer- avec ses défauts, sans se définir uniquement par la façon dont les autres le voient.

Shank, doublée par la talentueuse Gal Gadot en VO est quant à elle un véritable modèle pour Vanellope : pilote de course dans le jeu Slaughter Race, elle vit dans un monde en ligne arpenté par des joueurs humains totalement imprévisibles par nature (c’est d’ailleurs ce qui attire la petite pilote de Sugar Rush). C’est une forte tête (forcément, c’est le boss du jeu !) dont l’amitié avec ses comparses compte plus que tout. Elle vit de manière très intense et connaît tout sur les voitures et les astuces de pilote. Rien d’étonnant si Vanellope l’admire autant puisque toutes les deux partagent de nombreuses similitudes. Elle est bien plus douce que son rôle ne le laisse initialement penser.

Vous ferez également la rencontre de Yesss (avec trois « s » oui), l’algorythme de la plateforme fictive BuzzTube (similaire à YouTube). Ce personnage très branché est aussi le plus fin connaisseur de tout ce qui est tendance sur internet. Elle contrôle tous les aspects de la plateforme de partage et surveille sans cesse l’actualité. Son job : capitaliser sur les succès des utilisateurs en sélectionnant les meilleurs contenus. Bien que son égo soit démesuré, ce personnage cosmopolite ressemble à de nombreux points à une figure maternelle pour Ralph et Vanellope.

Si Felix et Calhoun restent essentiellement hors du récit, leurs apparitions ne manqueront pas de faire sourire. Le couple prend du néanmoins du galon et fonctionne toujours à merveille.
Les autres personnages secondaires sont également très réussis, avec une mention spéciale pour la mascotte KnowsMore, dont la fonction est d’assister les utilisateurs à trouver ce qu’ils cherchent sur internet. C’est un génie qui office au Bar de Recherche  : il a toujours une réponse à tout, malgré un handicape évident lié à sa fonction de remplissage automatique. Il est bienveillant envers les internautes qui le consultent (il garde un historique pour aider à mieux les connaître) même s’il supporte mal le manque de reconnaissance qu’on lui porte. Enfin, le duo fera la connaissance de J. P. Spamley, un commercial fonctionnant comme un pop-up sur internet. Malgré l’assistance de son sbire Gord, il n’est pas très efficace et reste souvent ignorés par les internautes. On peut se questionner sur son éthique, mais il finira tout de même par aider nos deux héros.

Avec un méchant comme Ralph en premier plan, Rich Moore et Phil Johnston n’allaient pas faire l’erreur de proposer un antagoniste classique pour le film, lié au message même du film acide et acerbe si l’on lit bien entre les lignes, bien au-delà de celui sur l’amitié et de ses ramifications déjà très réussis

Une comédie effrontée avec plusieurs niveaux de lecture

Si d’apparence le scénario pourrait se résumer en quelques mots, avec un McGuffin et un déroulement somme toute assez classique (c’était le cas pour le premier volet aussi), l‘histoire est beaucoup plus maline qu’elle ne le laisse croire. Il renvoie vers notre propre image et l’utilisation que nous faisons à la fois d’internet en général et des réseaux sociaux. Cet univers exaltant de prime abord, avec une infinie de possibilités s’étiole au fur à mesure pour nous perdre et nous rendre un peu idiot. Les utilisateurs sont représentés dans le film comme des avatars (très proche des Miis de Nintendo) qui s’amassent devant des écrans pour regarder des mêmes ou quelques célébrités obscurs. Il dépeint une culture de masse avec peu de jugeote, qui envoient des cœurs devant des vidéos amusantes mais futiles. On se laisse ainsi manipuler par le dieu célébrité, artificiellement animés par les apôtres algorythmes. Alors attention, la critique reste néanmoins gentille et ne cherche pas à moraliser comme l’a par exemple fait Ready Player One de Steven Spielberg, mais elle est sous-jacente et elle frappera tout utilisateur averti d’internet. Elle n’a pas non plus pour vocation d’accuser mais elle a le mérite de poser des questions d’actualité.

Encore une fois, les critiques vont évidemment pointer des placements produits où un aspect trop marketing (notamment à cause de la séquence avec les Princesses Disney), chose que j’aurais pu deviner dès la première projection de la séquence du film à la D23 Expo en 2017. Cette synergie est nécessaire pour le film car elle l’inscrit dans notre époque. Impossible de ne pas intégrer la geek culture, au sens large du terme en mettant en scène Disney et ses studios puisque la compagnie de Mickey en est un des piliers. Il y a un peu de fan-service, certes, mais largement compensé par le piquant et l’humour de ces séquences.

Ralph 2.0 est le film d’animation d’une génération technovore et ultra-connectée. Saura-t-il passer l’épreuve du temps à l’image des autres classiques Disney ? La question reste ouverte mais il est probable qu’il vieillisse plus vite que les autres métrages, plus encore même que Les Mondes de Ralph qui avait réussi à rendre son univers intemporel. Comprendrons-nous encore dans 15 ans les références à toutes les marques du web ou les comportements des internautes faisant la chasse aux likes ?

Alors, on recommande Ralph 2.0 ?

Oui, on recommande Ralph 2.0. C’est non seulement un plaisir de retrouver l’univers du premier volet, mais c’est encore plus réjouissant de le voir agrandit de la sorte avec internet. Cohérent et intelligent, il regorge de trouvailles visuels, de scènes déjà cultes et de clins d’oeil brillants. Loin d’être naïf, la double lecture nous renvoie face à nos propres dysfonctionnements et à notre besoin de reconnaissance comme une faim impossible à assouvir. C’est une suite loin d’être inutile, l’évolution légitime du volet original, et l’un des films les plus fous des Walt Disney Animation Studios.
Reste une inquiétude : si Ralph 2.0 est une satire de notre société, saura-t-il traverser l’épreuve du temps comme les autres Disney avant lui ?

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On a aimé

  • Internet, une ville folle

  • L’humour décapant et les scènes déjà cultes

  • Le scénario très malin

  • Le graphisme, la musique et toute la dimension artistique

  • Le duo Ralph et Vanellope

On n’a pas aimé

  • Une satire qui risque d’être vite dépassée culturellement